Le calendrier des arbres

Pour les Celtes, l’année était vécue en contact avec les arbres. Ils étaient divin. Cette année, je vous partagerai donc mois après mois le calendrier des arbres, ses symboliques et ses histoires ! Nos régions sont riches de multiples essences et certaines d’entre elles étaient au centre de l’attention durant quelques semaines. Ce n’est pas un choix du hasard, car chacune offre sa singularité à cette période qui lui est propre. La culture celte était orale, de nombreuses traces ont donc été perdues ou transformées. Ces pratiques étaient et restent hybrides, en mouvement permanent et vectrices de liberté comme de créativité. J’en profite donc pour tisser ces liens, activer la poésie du vivant et y retrouver une part de magie. 


LE SORBIER – du 29 novembre au 26 décembre
Ogham : « Luis » (|=) = la force vitale ; l’amour ; la protection.

Le sorbier est un petit arbre de la famille des Rosacées. On le retrouve dans le nord de l’Europe jusqu’en Islande, en Asie, en Sibérie et au Japon. Il pousse en lisière des forêts mais préfère les sols acides comme les forêts d’épicéas. Il mesure maximum 7 mètres et peut vivre 120 ans, aussi en haute altitude jusqu’à 2300m. Ses branches contiennent 5 ou 7 tiges qui contiennent elles-mêmes 15 à 17 feuilles aux bords pointus. Ses fleurs apparaissent au printemps. Elles sont blanches à 5 pétales et attirent les insectes par leur odeur forte, peu agréable pour nos nez délicats.

À l’automne, le sorbier se pare de feu. Ses baies, d’abord verdâtres, rougissent et persistent jusqu’à l’arrivée de l’hiver, ce qui constitue une source de nourriture importante pour les animaux à cette période. C’est ce qui lui vaut d’être appelé « le sorbier des oiseaux ». Il attire plus particulièrement les grives. Son feuillage dense permet en effet de cacher leurs nids. D’autres insectes profitent de ses fleurs comme les abeilles, les guêpes, les mouches, les coléoptères et la Cidarie du Sorbier, un papillon de nuit. 

Le goût âcre des sorbes n’a pas jamais vraiment attiré les humain·es et tant mieux puisque leur noyau contient du cyanure. Une fois cuit, il devient comestible et sert de base aux confitures, gelées, macérâts, vinaigres ou d’autres préparations comme le kirsch. Il est souvent confondu avec le cormier, son cousin méditerranéen, dont le fruit en forme de petite poire est plus gouteux. Il n’empêche qu’il est plein de vertus. Les sorbes contiennent de l’acide parasorbique, de l’acide malique, des sucres (sorbose), de l’acide sorbitanique, de la pectine, un caroténoïde, et de la vitamine C. Elles servent ainsi de stabilisateur et d’édulcorant qui remplace le sucre pour les personnes diabétiques. En gemmothérapie, le bourgeon de sorbier est un fluidifiant sanguin, il aide à la régénération et la cicatrisation du tissu veineux. Il soigne ainsi les acouphènes et les maux de tête. Il accompagne pendant la ménopause.

« Sorbier » vient du latin Sorbe qui prend racine dans le mot indo-européen Sur, qui signifie « rouge ». En gaélique, il est appelé rowan et est à la racine du mot « red » en anglais. Les américain·es l’appellent mountain ash, c’est-à-dire frêne des montagnes, par la similitude de ses feuilles. Une expression dit que « Là où poussent les sorbiers, les druides ne sont pas loin ». Il était considéré comme la nourriture des dieux. 

Le sorbier est la deuxième lettre de l’Ogham, l’alphabet des arbres celtes. Il correspond à la lettre « Luis » (|=) qui signifie la force vitale ; l’amour ; la protection. Son symbole est le feu sacré. Ses baies forment à leur base un pentagramme, une étoile à cinq branche. Symbole de protection, il est l’union du 2 (dualité) et du 3 (trinité), et offre les énergies de l’harmonie et de l’équilibre. Il faut dire que le pentagramme se retrouve dans de nombreux fruits. Ce n’est donc pas étonnant qu’il doit symbole d’abondance et associé aux deniers dans le Tarot de Marseille. Associé au point cardinal du nord, il accompagne le processus d’introspection qui guide l’hiver. « Luis » invite ainsi à vaincre ses propres doutes et à faire preuve de prudence. Protecteur contre les enchantements, il accompagne de nombreuses incantations magiques. Associé au mystère et à l’intuition, il ouvre les portes de l’inconscient. 

La souplesse et la résistance de son bois rendent le sorbier particulièrement intéressant pour les ébénistes. Il était ainsi couramment utilisé pour fabriquer des objets d’art chez les celtes. Ses branches servaient quant à elles à fabriquer des baguettes pour les sourcier·es et les devin·es. En Scandinavie, il est associé à Thor, le dieu du tonnerre et de la tempête. On retrouvait donc le sorbier près des maisons et des étables pour protéger ces habitations de la foudre. En Estonie, le bâton des pâtres (des berger·es) était en bois de sorbier. Il protégeait les troupeaux. Dans de nombreuses cultures, il était planté autour des cimetières pour protéger les vivants des âmes errantes. Dans le Kalevala, en Finlande, Pihlajatar est une nymphe du sorbier et protectrice du bétail.

Cette photo a été prise au bout de ma rue, Place Fontainas, sous la brume ce matin. Un merle s’est posé sur une branche de sorbier à mon passage. Cette place a été réaménagée tout récemment. Les jardinier·es y ont aussi planté des chênes et des érables. La Place Fontainas est la dernière limite du piétonnier. Elle fait la jonction entre le quartier Saint-Jacques, « le quartier gay » et le quartier d’Anneessens. Jadis, tout le long de ce boulevard coulait la senne. Elle est aujourd’hui détournée et se cache sous terre sous la petite ceinture, l’autoroute qui entoure le centre de Bruxelles. À deux pas de la Grand Place, Anneessens est un quartier très précarisé qui réunit des personnes aux parcours diversifiés et pour certaines particulièrement blessés. J’habite ce quartier depuis bientôt 4 ans. 

La bruxellisation est un concept d’architecture qui n’appartient qu’à Bruxelles. Elle désigne la transformation rapide et agressive du patrimoine urbain à des fins de spéculation immobilière. Le phénomène s’est accéléré en 1958, avec l’exposition universelle, et se poursuit encore aujourd’hui. Des bâtiments incroyables ont ainsi été remplacés par des tours en béton pour certaines complètement vides à ce jour. Dans les années septante, de nombreuses résistances se sont mises en place. Les quartiers étaient alors abandonnés des pouvoirs publics ce qui forçaient finalement les habitant·es, usé·es, à s’en aller. Ils laissaient ainsi la place à ces projets pharaoniques et peu commodes à vivre au quotidien.

J’ai d’autant plus pris conscience de ce phénomène avec l’ouvrage de Sarah Schulman, 𝐿𝑎 𝑔𝑒𝑛𝑡𝑟𝑖𝑓𝑖𝑐𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒𝑠 𝑒𝑠𝑝𝑟𝑖𝑡𝑠. Elle m’a appris à vivre mon quartier différemment. Le quartier Anneessens et les Marolles se gentrifient à une vitesse éclair. Les loyers deviennent difficilement abordables pour les habitant·es actuel·les, sans parler des coûts de l’énergie. Les nombreux travaux en cours sont épuisants à vivre au jour le jour. C’est aussi une forme de violence qui ne peut que stimuler un sentiment de colère grandissant.


Nos rendez-vous avec le sorbier :


LE BOULEAU – du 1er novembre au 28 novembre
Ogham : « Beth » (|—) = le pouvoir ; l’âge ; le commencement ; l’élan.

✧ « Bouleau » prend racine dans le mot indo-européen Bhirg, qui est aussi à l’origine de Brigitte, la déesse la plus importante du panthéon celte. On la dit patronne des bardes, des forgeron·nes et des guérisseur·euses. Arbre de la déesse, le bouleau porte donc en lui la force de la lumière et du commencement des temps.

✧ En décoction, ses feuilles, bourgeons ou écorce sont détoxifiantes. Elles nettoient et réparent les reins et purifient le foie. En usage externe, il est excellent pour la peau, soigne les eczémas, les problèmes de peau ou les blessures. En gemmothérapie, le macérât de bourgeon de bouleau aide à drainer le corps. Il est anti-inflammatoire et stimule la régénération osseuse. 


Sources :

Florence Laporte et Isabelle Frances, La magie des druides : secrets et symbolique des plantes sacrées (Rustica, 2018)
Sharlyn Hidalgo, Rites de magie celtique : les cérémonies des treize lunes et de Samhain (Danaé, 2020)
Liz Murray, Oracle celtes des arbres (Le Courrier du Livre, 2015)
Philippe Domont et Édith Montelle, Histoires d’arbres : des sciences aux contes (Éditions Delachaux et Niestlé 2003, réédition 2014)
Robert HarrisonForêts : essai sur l’imaginaire occidental (1992)
François Couplan et Gérard Debuigne, Le petit Larousse des plantes médicinales (2009)